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Travailler sur l’équipe volante

Cela fait maintenant 21 mois que j’ai obtenu un poste sur l’équipe volante. J’ai d’abord accepté le poste parce qu’il me permettait de travailler de jour et à temps partiel, deux conditions de travail importantes pour moi. Je ne connaissais pas le fonctionnement exact de l’équipe volante et cela ne m’a pas vraiment été expliqué, peut-être parce que j’avais travaillé à l’hôpital les deux étés précédents, ce qui laissait croire que j’étais en terrain connu. Je savais évidemment qu’il s’agissait de « voler » c’est à dire de travailler sur différents départements; mais je ne savais pas par exemple que notre assignation est connue le matin même, et même parfois lorsque le quart de travail est déjà entamé et qu’elle peut changer à chaque jour. Je ne savais même pas où se trouvait le bureau des assignations (communément appelé « le nursing » pour une raison qui m’échappe). J’ai  commencé par être assignée en chirurgie, le département où j’avais été cépi à l’été 2011 mais qui avait bien changé depuis, ainsi qu’en médecine pédiatrique, où j’avais travaillé comme infirmière à l’été 2012,  en médecine ado et en maladies infectieuses. J’ai été formée  pour le département de psychiatrie dès mon embauche, et j’ai ensuite demandé à être formée en mère-enfant, et depuis, j’y vais régulièrement.  Je vais aussi en chirurgie d’un jour, en multi-spécialités, et occasionnellement en hémato-onco où mes tâches sont cependant restreintes car je n’y suis pas spécifiquement formée.  Dernièrement, j’ai reçu la formation théorique et pratique qui me permettra d’aller travailler à l’unité des soins intermédiaires des soins intensifs, et j’attends de recevoir une formation complète pour les soins intensifs, dans les prochains mois. J’aimerais avoir l’opportunité d’être formée à l’urgence, mais avec la réorganisation qui s’opère actuellement, je ne sais pas si cela sera possible.

J’ai souvent l’occasion de discuter avec des collègues de différents départements au sujet des avantages et inconvénients d’occuper un poste sur l’équipe volante. Plusieurs croient qu’ils ne pourraient pas supporter le stress de ne jamais savoir d’un jour à l’autre où ils seront assignés. Il est vrai que j’apprends vers 7h00 où je travaillerai à 7h15 et ce délai peut paraître court si on est de nature anxieuse! Je ne nierai pas que les premiers mois ont été assez stressants, car il faut un certain temps avant d’être assez à l’aise sur tous les départements où nous sommes assignés.  Par ailleurs, il m’est arrivé de ne pas aller sur un département pendant des mois, pour y être tout à coup assignée un bon matin, ce qui m’a parfois déstabilisée. Il faut se donner le temps d’apprivoiser tous les secteurs, incluant le personnel et les tâches. Aussi surprenant que cela puisse paraître (ça l’est pour moi en tout cas),  les processus et documents ne sont pas standardisés au sein de l’hôpital. Cela rend la tâche un peu plus compliquée pour le personnel de l’équipe volante qui doit tenir compte des particularités de chacun des départements: ici on pratique des « soins globaux », ailleurs non; ici le formulaire de médicaments est informatisé, ailleurs non; ici le formulaire de médicaments n’est pas informatisé mais tout le reste du dossier l’est, ailleurs non; ici on fait la tournée avec les médecins, ailleurs non; ici on prend la température axillaire, ailleurs on la prend rectale en bas de tel âge, ici on ne la prend jamais rectale.  La première qualité de l’infirmière de l’équipe volante c’est évidemment la capacité d’adaptation!

Passé le stress des premiers mois, je ne vois que des avantages à travailler sur l’équipe volante. Sur le plan professionnel, cela nous permet d’être formés sur une multitude de départements, ce qui constitue vraiment l’atout majeur à mon avis. On est en apprentissage constant ce qui est très stimulant, et on se familiarise avec une grande variété de techniques, de pathologies, de clientèles (adultes, enfants, nouveaux-nés, adolescents), de spécialités et d’approches. En ce qui me concerne, c’est le remède idéal contre la monotonie. On doit régulièrement vérifier nos façons de faire, ne pas avoir peur de poser des questions et de demander de l’aide, ce qui nous permet de valider des informations et de choisir les meilleures pratiques, ainsi que d’en faire profiter nos collègues: je constate en effet que les infirmières de l’équipe volante peuvent être des vecteurs importants de connaissances à travers l’établissement (toujours avec tact et diplomatie!) et cette ressource me paraît ne pas être suffisamment utilisée. Le fait de n’avoir presque jamais les mêmes patients nous garde vigilants et alertes.  Bien entendu, on ne devient pas expérimenté aussi rapidement que si on passait tout notre temps sur le même département, mais notre expérience diversifiée nous permet de faire des liens plus généraux, d’appréhender les problématiques de manière plus globale (« big picture »!). On peut mettre en pratique partout dans l’hôpital l’expérience acquise sur les différents départements, ce qui fait de nous des infirmières versatiles. Contrairement à ce qui se fait par exemple aux États-Unis, les infirmières de l’équipe volante de mon établissement ne bénéficient pas d’avantages pécuniaires (primes ou salaire plus élevé) qui pourraient être des incitatifs pour les infirmières qui hésitent à prendre ces postes; toutefois, lorsque je travaille sur une unité où des primes existent (soins critiques, psychiatrie), j’obtiens la prime pour les heures travaillées.

Par ailleurs, sur le plan personnel, on développe beaucoup d’habiletés, notamment la confiance en soi et la communication. On est à l’aise plus rapidement partout dans l’hôpital, on connaît des gens sur tous les départements où on va, ce qui rend l’atmosphère confortable et agréable. On n’est pas impliqué dans les problématiques pointues des départements, que ce soit les conflits inter-personnels ou les fonctionnements problématiques. Les gens sont toujours contents de nous voir car ils ne nous voient pas souvent et on vient les aider, on est donc toujours bien accueillis et inversement on ne se fatigue pas de fréquenter constamment les mêmes personnes. On réussit plus facilement à se détacher de notre travail une fois la journée terminée, puisqu’on retourne rarement sur le même département deux jours de file (en ce qui me concerne), et on ne voit pas les mêmes patients jour après jour, ce qui nous aide à ne pas trop nous y attacher. Finalement, ce poste m’aura fait découvrir que je ne suis pas aussi éprise de routine que je l’ai toujours pensé (et que mon ancien travail me l’avait laissé croire!). Je reconnais qu’il y a un confort à toujours travailler au même endroit avec les mêmes personnes, mais je préfère de loin troquer ce confort contre tous les autres avantages qu’un poste sur l’équipe volante procure.

Comme un projet pilote est en cours dans l’hôpital, visant à optimiser les ressources en augmentant la « mobilité » des infirmières, je ne suis pas certaine de ce qui attend les infirmières de l’équipe volante. Peut-être souhaite-on avec cette « mobilité » du personnel  pouvoir éventuellement éliminer l’équipe volante (cela se voit ailleurs). Cela ne m’inquiète pas outre mesure car je suis confiante que l’expérience acquise me profitera quand le moment de faire d’autres choix se présentera.

 

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