les ailes de mon coeur lourd

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un nouveau disque de Dany Placard, comme un cadeau du printemps


« j’ai ben beau battre des ailes, j’lève pas d’un poil », chante-t-il sur Réguine. Si lui-même ne parvient pas à voler, le premier disque de Placard, Rang de l’église, m’a quasiment fait léviter et la sensation était encore plus forte en spectacle, quand j’ai découvert un être intense et intransigeant, nerveux et sensible, qui présente une oeuvre intelligente et touchante.

Sa grande indépendance que j’admire tant transforme la parution d’un deuxième disque en un cadeau inattendu, car on ne peut pas prendre Placard pour acquis, on suspecte bien qu’il n’en fait qu’à sa tête et n’est certainement pas à la solde de la logique marchande qui règle trop souvent la création artistique.

Placard lancera donc, le 25 mars au Divan orange, son deuxième disque solo, pendant qu’on attendra encore le nouveau de Plywood 3/4. J’espère de tout mon coeur qu’il nous fera le bonheur de quelques spectacles que je vous recommande très très chaudement, si les musiciens créatifs, authentiques et indépendants vous intéressent.

des jeux …

Dans la presse de vendredi dernier, Yves Boisvert se réjouit de l’euphorie de groupe qu’arrive à déclencher un événement comme la remontée puis la victoire du Canadien dans un match épique où il tirait de l’arrière 5-0 avant de « triompher » 6-5…..

Le sentiment d’appartenance, de cohésion qui nous habite comme si nous partagions soudain quelque chose avec ces dizaines de milliers de personnes que nous ne connaissons pas et avec qui nous n’avons peut-être rien d’autre en commun que cet intérêt pour le sport professionnel …. c’est un sentiment qui ne m’habite plus désormais, mais je l’ai déjà ressenti, je sais de quoi il s’agit. Je l’ai ressenti souvent avec le hockey, mais aussi lorsque Jacques Villeneuve a gagné les 500 miles d’Indianapolis et plus encore quand il a résisté à l’assaut de Schumacher sur le circuit de Jerez pour se sauver avec le titre de champion du monde. Probablement que ce qu’on appelle le « sport » professionnel est l’élément rassembleur le plus puissant actuellement sur la planète. Des centaines de milliers de personnes payent une fortune pour être assis ensemble au même moment et regarder le même match de football ou de soccer.

Toutefois, en ce qui me concerne, c’est plutôt la musique qui me donne encore cette émotion. Je l’ai ressentie souvent, et je la ressens encore, par exemple à un show de Galaxie 500, quand nous sommes des milliers à vibrer aux mêmes notes aux mêmes moment. Cet invraisemblable partage avec des étrangers m’est apparu encore plus clairement quand je suis allée voir un show des Rolling Stones, il y a quelques années: cette foule immense, dont je faisais partie, tout à coup brillante sous une lumière blanche pendant you can’t always get what you want, tous ces gens qui chantaient ensemble les mêmes paroles qu’ils connaissaient tous par coeur, une vague d’émotion m’a complètement bouleversée, j’en ai eu les larmes aux yeux.

J’ai très souvent repensé à cette émotion. Car même si elle fait du bien et qu’elle donne le frisson, je me demande s’il n’est pas un peu épeurant qu’une bande de jeunes adultes drogués et millionnaires suscitent un tel ralliement. N’est-il pas un peu gênant qu’un événement comme une match de football réussisse à attirer des centaines de milliers de personnes, qui par surcroît doivent payer le gros prix pour y assister?

Un jour en entrevue j’ai entendu Richard Séguin dire qu’il trouve toujours émouvant de voir une foule devant lui en spectacle, et qu’il se dit qu’il est quand même bien dommage qu’on ne parvienne pas à rassembler les gens en nombre et en enthousiasme égal pour des choses vraiment importante, car ce serait incroyable le pouvoir de cette cohésion et de cet esprit de partage qui parcourt une foule immense et transcende toutes les différences et toutes les dissensions pour un moment. Et voilà. C’est exactement ce qui est troublant.

C’est le même trouble que je ressens quand, au bureau, tout le monde suit live les échanges qui auront lieu ou pas dans la LNH ….. j’ai rarement vu mes collègues aussi passionnés. Ils ne démontraient même pas le centième d’enthousiasme, d’intérêt ou même de curiosité pour les négociations de leur propre convention collective, encore moins quand leurs collègues se faisaient mettre dehors et que nous étions 5 à manifester sur le trottoir. Mais pour discuter du prochain héros en jambières, ils sont informés, ils ont des opinions et ils en parlent fort.

Du pain et des jeux. À la seule différence qu’il faut payer maintenant pour les obtenir. C’est quand même fort. Payer pour son propre asservissement.

les joies de la raquette

 

Nous avions pris 2 jours de congé. Lundi et mardi. Mes journées de congé préférées car j’ai l’impression d’être en congé deux fois: pendant et après, quand il ne me reste que trois jours de travail avant la prochaine fin de semaine. Il fut un temps où nous profitions de ces congés hivernaux pour faire du ski alpin, surtout à Ste-Anne, montagne que j’adore car on ne s’y ennuie jamais. Mais j’ai de plus en plus de difficulté à associer le ski alpin à mes valeurs et à mon mode de vie ….. Le bruit, la publicité, le cliquant, les millers d’arbres coupés, l’eau pompée pour fabriquer de la neige, le culte du toujours-grand-toujours-plus-gros, les prix prohibitifs qui sont demandés à la billetterie comme à la cafétéria, l’odeur permanente de poutine, et l’impression de n’avoir été actif qu’un tier de la journée, à descendre en plus, tandis que le reste du temps a été passé assis dans la chaise remonte-pente à geler ….. tout cela avait commencé à éroder mon intérêt pour le ski alpin il y a déjà plusieurs années. Et la raquette a définitivement tué ce qui me restait de plaisir à skier!

Marcher en forêt, sur des sentiers, souvent balisés et travaillés, j’en conviens mais sans comparaison avec l’ampleur de la destruction effectuée pour le ski alpin, dans le calme et la tranquillité, à basse vitesse, fournir un effort constant, monter, 
arriver au sommet, admirer la vue,

descendre en glissant, tomber en riant, marcher rapidement pour sentir son coeur battre, avoir chaud, si chaud même à -20, sentir ses muscles travailler, observer les oiseaux, les traces de lièvres et de chevreuils, traverser un lac gelé et enneigé

admirer le fleuve du haut d’un belvedère, boire un thé en regardant les mésanges… 

ce sont quelques unes des joies de la rando à raquette!

de l’usage du français dans les grandes entreprises

Je n’ai jamais été nationaliste. Je considère le nationalisme comme dangereux et je ne vois pas en quoi il faudrait être fier de l’endroit où l’on est né, puisqu’on n’y est pour rien, que cet endroit soit merveilleux ou pourri. Et cette perception que nous avons de l’endroit d’où l’on vient, où l’on est né, de notre nation d’origine, n’est certainement pas la plus juste que l’on puisse avoir, puisqu’on y vit : comment avoir une idée raisonnable et raisonnée d’un objet dont on est si proche?

Le fait que je n’aie pas de drapeau du Québec cousu sur mon sac à dos n’empêche pas le sentiment d’injustice que je ressens lorsque je ne suis plus en mesure de communiquer en français avec mon employeur; lorsque l’entreprise pour laquelle je travaille, un des plus gros employeurs au Québec et au Canada, me fournit systématiquement des logiciels en anglais, même lorsqu’ils sont disponibles en français (ce qui est presque toujours le cas), m’obligeant à chaque fois à me battre pour faire respecter la loi; lorsque les formations que je reçois sont unilingues anglais, car le formateur vient de la Floride et la compagnie pour laquelle il travaille n’a jamais été avisée que TOUS les employés qu’il va former sont des francophones travaillant au Québec; lorsque les réunions se déroulent en anglais car sur une centaine d’employés, 2 sont unilingues anglais et travaillent à Toronto, alors que tous les autres sont francophones, travaillant à Montréal et bien sûr, parfaitement bilingues car nous les Québécois sommes toujours tellement d’adon; lorsque mon 3e patron en hirarchie vient nous visiter dans nos bureaux de Montréal et nous serre la main en nous parlant en anglais car il ne comprend ni oui ni non en français mais ça ne l’a pas du tout empêché d’obtenir cet emploi où la grande majorité de ses employés sont francophones et travaillent au Québec.

Les clients aussi sont sans doute humiliés quand ils appellent le service à la clientèle de l’entreprise pour laquelle je travaille et que la personne qui leur répond baraguine un français tellement approximatif qu’il vaut mieux compléter la transaction en anglais si on veut être certain d’avoir été compris.

Je me sens humiliée de n’être pas respectée par mon employeur mais cela ne m’étonne pas de l’entreprise pour laquelle je travaille. Toutefois, je me sens encore plus attristée de constater que la situation du français au travail a régressé depuis une vingtaine d’années et ce, extrêmement rapidement. J’ai des amis qui travaillent pour de grosses compagnies ici, à Montréal, et qui reçoivent des courriels de la direction uniquement en anglais. Ici, où je travaille, quand un grief est fait pour un logiciel en anglais pour lequel une version française existe, la compagnie retarde le processus au maximum, on parle de mois et d’années, attendant la plainte officielle à l’Office de la langue française avant d’agir, et si aucune plainte officielle n’est portée, la compagnie envoie tout simplement paître les employés, bien sûr. Une plainte à l’Office de la langue française est une véritable mascarade, et les employeurs le savent.

Aucune loi n’oblige les employeurs à respecter leurs employés. Et dans un sens, c’est tant mieux. Cela donne l’heure juste sur la valeur d’un employeur et le respect que ses employés devraient lui accorder en retour ….. dans mon cas, on est sous la barre du zéro.

marie-christine blais: toujours ce don du commentaire insignifiant

Aujourd’hui sur cyberpresse:

« Quoi qu’en pensent certains, une des plus belles (et utiles) vertus de la femme, à mon avis, c’est d’être capable de faire semblant, de simuler. Parlez-en à Anik Jean qui, grâce à ses dons pour la feinte et la parade – bref, des dons d’actrice -, a réussi à concocter son deuxième album (…) ». 

Une chance qu’elle prend la peine de préciser « à mon avis »: nous voilà au moins rassurés sur le fait que cette stupidité vient d’elle directement, ce qui ne nous surprend guère au final.

Ça devient décidément de plus en plus compliqué de lire la presse sans que le sang ne nous fasse un tour …..

la mise de janet jackson

Hier sur cyberpresse:

Je ne suis pas convaincue que c’est vraiment sur son album qu’elle mise….

Revenir du Népal n’est pas facile …

Je reviens de voyage. Je reviens de trois semaines passées au Népal, l’un des pays les plus pauvres au monde. Je dis « je reviens » mais je n’en suis pas encore tout à fait revenue, à vrai dire.

Nous avons fait un voyage superbe, dépaysant et confrontant. J’ai un peu de difficulté à replonger dans l’actualité locale depuis mon retour. Je n’arrête pas de comparer nos « problèmes » avec ceux auquels font face les Népalais: misère, pauvreté, corruption, mousson, et j’en passe …..

C’est toujours difficile de revenir de voyage. Le retour physique, le retour au boulot comme tel, n’est pas facile; mais le plus difficile est certainement la gestion des nouvelles connaissances acquises, si je puis m’exprimer ainsi. Je suis le genre de personne qui ne parvient pas à faire abstraction de ce qu’elle sait; ainsi, je ne peux pas oublier ce que j’ai vu, la pauvreté, la misère, la différence dans la façon de vivre, le gouffre énorme qui sépare notre mode de vie de celui des Népalais …. je me rends compte que nos conditions de vie au Québec non seulement sont privilégiées mais en plus sont exceptionnelles, c’est à dire qu’elles ne sont pas répandues. Je le savais, mais disons que le constater « live » c’est assez différent. La plupart des gens à travers le monde vivent dans de moins « bonnes » conditions que nous, que ce soit au niveau du confort, de l’hygiène, de l’accès à des services, de la paix, de l’environnement ….. la vie est extrêmement dure pour une majorité d’êtres humains sur la planète et c’est une situation qui me semble intolérable. Mais nous la tolérons tout de même, bien entendu.

Disons que la lecture des nouvelles des derniers jours n’a rien pour me réconforter … Quand je lis une énormité comme celle-ci:

« L’ex-PDG d’Hydro-Québec, André Caillé, se souviendra toute sa vie du 9 janvier 1998. Depuis cinq jours, une incessante pluie verglaçante causait des ravages et paralysait la vie de milliers de Québécois. La crise avait atteint un point critique. Le fameux après-midi, dans son bureau du boulevard René-Lévesque, André Caillé s’est mis à prier. «J’ai regardé le ciel et je lui ai dit, à Lui, en haut : Arrête ça, on n’en peut plus. On est au bout de nos moyens», confie-t-il 10 ans plus tard. Moins d’une heure après cette prière désespérée, la pluie cessait enfin de tomber. »

et que je vois la couverture complètement ridicule accordée à l’anniversaire du verglas, je ne nous trouve plus seulement cutes de se chercher des façons de se rendre importants … je nous trouve dangereux d’ignorance et d’égocentrisme.

brindilles – Jérôme Minière


« mon pays n’a pas de nom
il est le vôtre aussi
qui danse au sommet des arbres
comme la vie dispersée sous le soleil
mon pays, tout ce que je ne vois pas
tout ce que je ne peux dire sans trahir
nous sommes jetés là
sans trop savoir pourquoi
il faut bien quelque chose
qui nous retienne
quelque chose sous la rétine
chacun a besoin d’un pays
même fait de quelques brindilles
sous le rideau des cils »

Cette chanson ouvre le dernier disque de Jérôme Minière, coeurs. Dès la première écoute, c’est un disque qui m’a transportée. (Et en plus, y’a René Lussier, entre autres, qui y participe)

Chez C4, pas de niaisage: tous les disques à 15$!


Nouvelle boutique en ligne sur le site internet de C4, que je n’avais pas visité depuis un certain temps, donc peut-être pas SI nouvelle que ça! Tous les disques sont à 15$, taxes et frais de livraison partout au Canada inclus! Avec la quasi disparition des petits disquaires indépendants, ce type de transaction ainsi que l’achat lors des spectacles deviennent les meilleurs moyens d’encourager les artistes dont on apprécie le travail. J’ai d’imprimé dans ma mémoire un moment où, après un show de Mononc Serge, au café campus, mon ami achète un disque à la table montée au fond de la salle; Serge Robert y est assis et lui dit: merci beaucoup de m’encourager.

On clique, on paie via paypal et le tour est joué, en deux minutes gros max, pour acheter directement aux artistes les disques suivants :

 Fred Fortin, planter le décor

Fred Fortin, Joseph Antoine Frédéric Fortin Perron


Gatineau, leur premier album éponyme sorti le 20 oct.

  Galaxie 500, Le temps au point mort
 Galaxie 500
Les Dales Hawerchuk

Band de Garage, corpo-trash-vidange
 Afrodizz, froots

 

aRTIST oF tHE yEAR, wRECK lA dISCOTHÈQUE

la fin de l’Homme ne sera pas la fin du monde …

Hier soir, au métropolis, Daniel Bélanger m’a touchée droit au coeur. J’ai tous les disques de Bélanger. Je connais par coeur les textes rafinés qui me bouleversent, les airs et les accords complexes qui me prennent au corps et je ressens, même physiquement, la sensibilité et l’intelligence de cette création qui me fait un bien indicible. Je ne peux pas entendre les temps fous sans ressentir ce sentiment tellement fort d’être comprise et consolée qu’il me fait monter les larmes aux yeux à tout coup …. « sentir ta main sur ma joue/ne pas la perdre comme on perd tout/les temps sont fous, oh aide moi/ ».

En spectacle, l’émotion est décuplée, plus complexe encore car Bélanger est drôle, vif, vivant et tendre. Les chansons du dernier disques, sombres et lucides, sont la preuve que toute la laideur de notre monde peut encore être exprimée de manière magnifique, et c’est un réconfort que je vous invite à vous offrir.

« plus je m’assure/sur la vie et sur les choses/je me réveille chaque jour/plus angoissé/les objets me hantent/je fais des cauchemars de brocantes/où tout s’enfuit/en sursaut je me réveille/devant l’échec du matériel/devant l’échec/on peut me priver d’amour/mais pas de posséder/plutôt vendre mon âme et puis mourir/ma valeur marchande/à la bourse de l’enfer/est à la hausse/à chaque angoisse qui me ronge/devant l’échec du matériel/devant l’échec/faire marche arrière/entreprendre un demi-tour/est bien au-dessus/de mes forces déployées/à faire ce que doit/ce que les choses attendent de moi/à maintenir le monde/avant qu’il ne s’effondre/devant l’échec du matériel/devant l’échec. »