les ailes de mon coeur lourd

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martin fontaine se prendrait-il pour un artiste!?!??!??!

C’est l’impression qu’il donne en tout cas, en donnant son opinion vraiment très éclairée et nuancée (NOT) dans les pages du Soleil:

« En entrevue au «Soleil», Martin Fontaine, qui personnifie depuis plusieurs années Elvis Presley dans «Elvis Story», estime qu’on ne devrait pas subventionner à tort et à travers et de façon systématique.M. Fontaine trouve que, parfois, les subventions encouragent à dépendre des autres et à «attendre le chèque».

Le chanteur précise qu’il n’a pas été touché par les coupes en culture. Il souligne qu’il est un entrepreneur, et qu’il aime se prendre en main, une façon pour lui d’être libre.

Martin Fontaine dit qu’il n’est pas contre les subventions. Ce qu’il déplore toutefois, c’est la perception des gens qui croient que pour être artiste, il faut attendre les subventions. »

Hem …… bon, il y a plusieurs niaiseries là-dedans, la moindre n’étant pas que Fontaine se considère comme un self made man, comme si c’était pas Cloutier qui lui avait lancé sa carrière kétaine d’imitateur cheap.

Mais le plus déconcertant, c’est certainement le choix de ses mots qui laisse sous-entendre qu’il se considère comme un artiste …… ayoye.

[youtube chc2nQfgnR8]

nous sommes tous seuls.

Nous sommes allés voir seuls, le spectacle écrit, mis en scène et joué par Wajdi Mouawad, au Théâtre d’Aujourd’hui. J’en suis ressortie chamboulée, touchée, presque meurtrie, bouleversée pendant plusieurs jours, encore une semaine après. Il n’est pas possible de résumer le propos d’une telle mise à nue présentée avec une authenticité qui prend à la gorge et une générosité téméraire. Comment dire ….. toutes les pièces de Mouawad m’ont touchée, car les sujets dont elles traitent la plupart du temps, la peur, l’identité, la recherche de sens à la vie, le besoin de communiquer, me rejoignent et me parlent.

Seuls explore les même thèmes. Mais est-ce Wajdi seul sur la scène et vrai, tellement vrai, les longs moments de silence, les mots toujours justes, intelligents et percutants, la guerre et la violence toujours présentes même quand elles ne sont pas nommées, je ne sais pas, je n’arrive pas vraiment à trouver ce qui a rendu cette expérience de deux (courtes) heures tellement poignante et qui m’a atteinte droit au coeur.

Je me suis sentie interpellée, c’est certain, par plusieurs aspects du texte et du non-texte. Quand Mouawad dit qu’on vit nos vies comme si elles étaient un brouillon et qu’il y allait avoir le propre après, mais non! le brouillon C’EST le propre, je ne peux pas ne pas nous reconnaître, qui nous laissons trop souvent dériver sans prendre les décisions qu’il faudrait, sans avoir le courage de poser les gestes que nous savons nécessaires et vitaux.

Le plus difficile à supporter pendant ce spectacle et même et surtout après, c’est sans doute justement ce courage dont fait preuve Mouawad en fouillant si profondément en lui-même et qu’il est assez généreux pour vouloir partager avec nous; le plus difficile à supporter, c’est se rendre compte que ce courage, il nous blesse car on sait bien qu’il nous manque terriblement.

« Accrocher la corde au cou de la beauté
Et la tirer dans sa propre gorge
La défenestrer de l’intérieur!
Qui saura enfin sauter par la fenêtre en emportant la fenêtre dans sa propre chute ne laissant derrière soi que le vide profond de son être comme on laisse une marque
Dans le visage du soleil domestique? » – Wajdi Mouawad

catherine durand: coeurs migratoires et musique du coeur

J’adore Catherine Durand. Surtout depuis Diaporama, superbe, superbe album que j’ai écouté en boucle et dans toutes sortes de situations. Un son aérien, folk mandoline et banjo, une voix douce et touchante, quelque chose d’authentique.

Elle sort tout juste un nouveau disque, coeurs migratoires. Le nouveau site internet est encore en construction mais on peut déjà y trouver un vidéo de l’enregistrement qui a eu lieu au studio Victor. Images intéressantes et surtout extraits des nouvelles chansons. On peut y apercevoir Dan Thouin, Olivier Langevin, Catherine Major, Louis-Jean Cormier (avec qui elle fait un duo),  Jocelyn Tellier, et d’autre encore. Ça promet! J’aurais déjà l’album en main si Archambault n’était pas un magasin de crotte.

l’empreinte de l’ange

« L’automne arrive et il est chaud comme l’été. De même que la Seconde guerre mondiale avait coincidé en Europe avec une série d’hivers d’une rigueur sans précédent, de même, maintenant, les températures restent aussi brûlantes que la situation politique: comme si, dans des moments extrêmes, s’instauraient entre le cosmos et les petites affaires des hommes une harmonie étrange. »

Je viens de terminer la lecture du livre L’empreinte de l’ange, de Nancy Huston. J’aime beaucoup les livres de Nancy Huston. Dernièrement, j’ai lu lignes de faille, qui est un peu plus récent, mais exactement dans le même genre que celui-ci.  Ce sont des romans où l’on ne perd pas son temps, où l’auteur nous instruit et nous exprime son point de vue en même temps qu’elle narre une histoire passionnante peuplée de personnages touchants et touchés.  

c’est la rentrée!!

Pour la première fois depuis une douzaine d’années, ce sera la rentrée pour moi aussi. Ce temps de l’année qui était mon préféré, les mois de septembre et d’octobre, quand on retourne à l’école, qu’on revoit les murs et les racoins familiers où l’on passera le plus clair de notre temps, qu’on renoue avec ses amis, que les partys et les activités reprennent. J’adorais faire connaissance avec de nouvelles matières, de nouveaux profs, même si cet attrait ne durait pas, chaque année il était renouvelé.  Cette rentrée scolaire correspondait à ma saison préférée, peut-être par hasard, peut-être exprès, mais j’aimais et j’aime toujours l’air frais, parfois coupant, et odorant de l’automne. J’aime partir en vélo le matin, sous un soleil chaud et dans un vent froid, randonner dans le bois où la faune et les paysages ne sont plus cachés par les feuillages, jogguer le soir dans le parc, sur un tapis de branches et de feuilles mortes, quand il commence déjà à faire noir plus tôt et qu’on a hâte de rentrer pour manger du chili.

Depuis que je travaille « à temps plein » comme on dit, je ne vis plus la rentrée de la même manière. Oh, c’est bien le temps où les gens reviennent de vacances, et où on est tous de nouveau au bureau en même temps, mais bah ….. franchement ….

Cette année, débutant demain le 25 août 2008, je vais à nouveau vivre la rentrée. Je vais commencer l’école.  C’est très stressant, pour toutes sortes de raisons, mais c’est aussi très exaltant. L’école est au bout du compte le seul endroit où je me sente vraiment bien. J’ai eu tort de m’en priver si longtemps!

Pour témoigner de mon cheminement, de la prise de décision de lâcher ma job jusqu’au début de mes cours au cegep, puis pendant toute ma scolarié collégiale en soins infirmiers, j’ai ouvert un nouveau blog: la route ouverte. Vous y êtes les bienvenus.

La blessure d’Anna Enquist

 Samedi après-midi, à l’Échange, nous avons eu la chance de trouver les tomes 2 et 3 de la quadrilogie Le sommeil du monstre, de Enki Bilal! Superbes et passionnants livres, à la fois oeuvres d’art et de méditation. Nous avons aussi trouvé Léon l’Africain, de Amin Maalouf, qui m’attend sur le coin de la table. Qui m’attend parce que j’ai aussi, plus ou moins à l’aveuglette, mis la main sur La blessure, un recueil de nouvelles de Anna Enquist. Debout dans l’allée, le petit livre dans la main, je demande à Martin: « Anna Enquist, me semble que ça me dit quelque chose, pas toi? -Non, je n’vois pas … -Ah oui, le nom me dit quelque chose …. j’adore ce nom de toute façon … » Je remarque que c’est de la même maison que le très beau livre de Nancy Huston que je viens juste terminer, lignes de faille, chez Babel. J’ouvre le livre: « traduit du néérlandais par Isabelle Rosselin ». Traduit du néérlandais …. « Je le prends! »

Revenue à la maison, j’ai dévoré trop vite 32 décembre, le tome 2 de Bilal. J’ai regardé le petit livre à la superbe couverture: Plage au clair de lune (détail), de Léon Petrus Spilliaert. J’ai lu, à la deuxième page, la liste des livres du même auteur.  Il y en a un daté de 2007. En googlant, je trouve une entrevue avec l’auteure, parue dans le Devoir, au moment de sa visite au Salon du livre de Montréal, en novembre dernier, quand est justement paru ce dernier livre.

Troisième page, le titre: La blessure, dix nouvelles. Bon. Je commence.

Je ressens tout de suite une proximité, une connivence, je comprends l’intention, j’aime l’atmosphère, je reconnais les lieux et les émotions décrites. J’ai lu les quatre premières nouvelles déjà, et je sens que je vais tout lire d’Anna Enquist, et tout aimer. La blessure d’Anna Enquist est aussi la mienne, née de la désillusion, du deuil, de l’angoisse, de l’attente, de la folie et de la mort. Le ton est sobre, l’écriture est précise, les personnages sont bouleversants. Je ne vois pas ce que je pourrais attendre d’autre d’un auteur que de me faire vivre de telles émotions. Je retarde ma lecture, pour en profiter plus longtemps. Conjugué à Bilal, ce ne sont certes pas ce qu’on appelle des lectures estivales mais plutôt réglées sur les saisons du coeur et de la vie.

« La maison est plongée dans l’obscurité. Hanna ouvre la grille du jardin et prend la clé de la porte de la cuisine sous la poubelle. Derrière le jardin, les bouleaux s’agitent dans le vent, des feuilles tombent, elles s’éclairent un instant dans le clair de lune ». 

Du site du Salon du livre de Montréal:

Avec Le Retour, un sixième ouvrage traduit en français et édité chez Actes Sud, la Néerlandaise Anna Enquist propose le saisissant portrait d’Elizabeth, épouse de l’explorateur James Cook, dans un roman historique. Publié en français en 2007, le roman suscite un intérêt soutenu et d’élogieuses critiques.
« Tout est historiquement exact dans le nouveau roman de la Néerlandaise Anna Enquist. Et pourtant l’imaginaire domine ce livre qui prend pour point de départ la vie et les voyages de
l’explorateur James Cook. […] Par le rythme de sa phrase qui ne boite jamais, son écriture âpre et sans pathos, Anna Enquist nous offre un somptueux roman, à la fois historique et intemporel. » (Lire, France, 2007)
« Anna Enquist excelle à plonger son lecteur dans les méandres des pensées, des joies, des angoisses et des peines d’une femme effacée qui doit supporter le terrible poids de l’absence et de l’incertitude. » (État-critique.com, France, 2007)
Poète et romancière connue sous le pseudonyme d’Anna Enquist, Christa Widlund-Broer est née à Amsterdam en 1945. Après des études de piano au conservatoire de musique de La Haye, elle étudie la psychologie clinique à Leyde et devient psychanalyste. Menant de front une carrière de pianiste de concert et de psychanalyste, elle abandonne la vie de musicienne professionnelle en 1987 pour se mettre à l’écriture. Elle se fera d’abord connaître par la publication de Soldatenliederen (Chants de soldats) en 1991, un premier recueil de poésie qui sera suivi de plusieurs autres.
En 1994, paraît Het meesterstuk, un premier roman qui lancera sa carrière internationale. La traduction française du livre, Le Chef-d’oeuvre, sort chez Actes Sud en 1999. Paraissent ensuite Le Secret (2001), Les Porteurs de glace (2003), La Blessure (recueil de récits, 2005) et enfin Le Saut en 2006. L’oeuvre d’Anna Enquist a reçu de nombreux prix littéraires aux Pays-Bas.
« Anna Enquist fait partie de ces auteurs pour qui la littérature n’est jamais une affaire de séduction. De sa rigueur et de son absence de complaisance naît une émotion qui, en renvoyant le lecteur à ses doutes, ses errances et ses blessures, agit sur lui de façon quasi cathartique. » (Lire, France, 2003)

bilal

Désert de Gobi, blottis dans nos sac de couchage, sous la tuque nous poussons nos écouteurs dans nos oreilles, play: Stephan Bureau nous présente Enki Bilal. Nous écoutons ce podcast sans avoir la moindre idée de l’identité de l’invité. Et nous voilà complètement pris par cette histoire, celle de Bilal, né à Belgrade, réfugié à Paris à l’âge de 10 ans, génie de la bande dessinée qui transpose dans son oeuvre les couleurs de sa ville natale et de la guerre. Passionné et passionnant, son propos est aussi intelligent, acéré, lucide et terrifiant.

L’intégrale de cette entrevue est disponible en podcast sur le site de Contact, ainsi que des videos d’extraits inédits de l’entrevue. Toujours sur le site de Contact, une foule d’autres informations, notes biographiques, dossier de recherche, bibliographie … plus complet que tout ce que l’on retrouve ailleurs sur internet.

Je vous suggère aussi de visionner ces deux videos: le premier qui date d’avant la sortie du volume le sommeil du monstre, où l’on peut voir Bilal dessiner ses oeuvres magnifiques, ainsi qu’un video plus récent, édité par canalObs à la sortie de l’album quatre, dernier album de la tretralogie.

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superbes images sur texte intelligent: nouveau video des vulgaires machins

Comme j’arrive de voyage, je suis peut-être un peu en retard dans les nouvelles, mais je viens de voir un nouveau vidéo des Vulgaires Machins, sur la chanson être un comme au texte intelligent et incisif.

On s’en va nulle part
si la substance se résume au symbole
on s’en va nulle part
si l’action confirme pas le sens de nos paroles

[youtube fj3wwAFvTK8]

survoler le Groenland …

Nous volons au-dessus du Groenland. Le soleil est haut et tellement puissant que les volets des hublots sont brûlants. Sous ce ciel radicalement bleu, je vois à la surface de l’eau noire la glace qui renvoie le reflet rond de l’astre jaune. Les grandes ailes argentées captent la lumière qui m’aveugle mais je scrute sans cesse la terre que nous survolons, le nez collé à la vitre crasseuse. C’est tout à la fois splendide, extraordinaire de beauté, et vertigineux d’angoisse et de folie. Comment se peut-il que je vois le Groenland du haut des airs? Les nuages tentent de s’agglutiner pour me cacher le paysage, mais il n’en devient que plus majestueux, paré d’ombrages énigmatiques. La beauté de l’ensemble me distrait de l’anxiété que ressent mon corps face au vide qui nous sépare, moi et le continent, moi et la terre. Comment se peut-il que l’arrogance de voler ne soit pas punie, ne soit pas payée du prix fort que j’anticipe pourtant avec résignation toutes les fois que je monte dans un avion? Ce blanc, ce bleu, cette pureté de contraste est plus grande que ma peur qui s’efface un court moment devant le spectacle qui m’est offert.

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les images de notre folie

Dans Le monde aujourd’hui, un article au sujet des 10 photos que Robert L. Capp a donné à la Hoover Institution. Il avait présumément demandé qu’elles ne soient pas rendues publiques avant 2008. Les raisons de ce secret ne sont pas connues.

M. Capp était un des soldats participant  aux forces américaines d’occupation du Japon à la fin de la seconde guerre mondiale: « « En fouillant une cave près d’Hiroshima, explique Sean Malloy, historien et chercheur à l’Université de Californie, à Merced, Capp est tombé sur des pellicules non développées : parmi elles, il y avait ces photos. » Leur auteur, japonais, est inconnu. »

Même si nous avons malheureusement l’habitude, maintenant, de voir des scènes insoutenables de violence et d’abus que nous soutenons malgré tout en soupant tous les soirs, ces photos sont un témoignage bouleversant de ce qu’est véritablement la guerre: une activité meurtrière et criminelle, sans aucun doute.