nous sommes tous seuls.
Nous sommes allés voir seuls, le spectacle écrit, mis en scène et joué par Wajdi Mouawad, au Théâtre d’Aujourd’hui. J’en suis ressortie chamboulée, touchée, presque meurtrie, bouleversée pendant plusieurs jours, encore une semaine après. Il n’est pas possible de résumer le propos d’une telle mise à nue présentée avec une authenticité qui prend à la gorge et une générosité téméraire. Comment dire ….. toutes les pièces de Mouawad m’ont touchée, car les sujets dont elles traitent la plupart du temps, la peur, l’identité, la recherche de sens à la vie, le besoin de communiquer, me rejoignent et me parlent.
Seuls explore les même thèmes. Mais est-ce Wajdi seul sur la scène et vrai, tellement vrai, les longs moments de silence, les mots toujours justes, intelligents et percutants, la guerre et la violence toujours présentes même quand elles ne sont pas nommées, je ne sais pas, je n’arrive pas vraiment à trouver ce qui a rendu cette expérience de deux (courtes) heures tellement poignante et qui m’a atteinte droit au coeur.
Je me suis sentie interpellée, c’est certain, par plusieurs aspects du texte et du non-texte. Quand Mouawad dit qu’on vit nos vies comme si elles étaient un brouillon et qu’il y allait avoir le propre après, mais non! le brouillon C’EST le propre, je ne peux pas ne pas nous reconnaître, qui nous laissons trop souvent dériver sans prendre les décisions qu’il faudrait, sans avoir le courage de poser les gestes que nous savons nécessaires et vitaux.
Le plus difficile à supporter pendant ce spectacle et même et surtout après, c’est sans doute justement ce courage dont fait preuve Mouawad en fouillant si profondément en lui-même et qu’il est assez généreux pour vouloir partager avec nous; le plus difficile à supporter, c’est se rendre compte que ce courage, il nous blesse car on sait bien qu’il nous manque terriblement.
« Accrocher la corde au cou de la beauté
Et la tirer dans sa propre gorge
La défenestrer de l’intérieur!
Qui saura enfin sauter par la fenêtre en emportant la fenêtre dans sa propre chute ne laissant derrière soi que le vide profond de son être comme on laisse une marque
Dans le visage du soleil domestique? » – Wajdi Mouawad

