La blessure d’Anna Enquist
14th juil, 2008 par stephanie.beaucaire
 Samedi après-midi, à l’Échange, nous avons eu la chance de trouver les tomes 2 et 3 de la quadrilogie Le sommeil du monstre, de Enki Bilal! Superbes et passionnants livres, à la fois oeuvres d’art et de méditation. Nous avons aussi trouvé Léon l’Africain, de Amin Maalouf, qui m’attend sur le coin de la table. Qui m’attend parce que j’ai aussi, plus ou moins à l’aveuglette, mis la main sur La blessure, un recueil de nouvelles de Anna Enquist. Debout dans l’allée, le petit livre dans la main, je demande à Martin: “Anna Enquist, me semble que ça me dit quelque chose, pas toi? -Non, je n’vois pas … -Ah oui, le nom me dit quelque chose …. j’adore ce nom de toute façon …” Je remarque que c’est de la même maison que le très beau livre de Nancy Huston que je viens juste terminer, lignes de faille, chez Babel. J’ouvre le livre: “traduit du néérlandais par Isabelle Rosselin”. Traduit du néérlandais …. “Je le prends!”
Revenue à la maison, j’ai dévoré trop vite 32 décembre, le tome 2 de Bilal. J’ai regardé le petit livre à la superbe couverture: Plage au clair de lune (détail), de Léon Petrus Spilliaert. J’ai lu, à la deuxième page, la liste des livres du même auteur. Il y en a un daté de 2007. En googlant, je trouve une entrevue avec l’auteure, parue dans le Devoir, au moment de sa visite au Salon du livre de Montréal, en novembre dernier, quand est justement paru ce dernier livre.
Troisième page, le titre: La blessure, dix nouvelles. Bon. Je commence.
Je ressens tout de suite une proximité, une connivence, je comprends l’intention, j’aime l’atmosphère, je reconnais les lieux et les émotions décrites. J’ai lu les quatre premières nouvelles déjà , et je sens que je vais tout lire d’Anna Enquist, et tout aimer. La blessure d’Anna Enquist est aussi la mienne, née de la désillusion, du deuil, de l’angoisse, de l’attente, de la folie et de la mort. Le ton est sobre, l’écriture est précise, les personnages sont bouleversants. Je ne vois pas ce que je pourrais attendre d’autre d’un auteur que de me faire vivre de telles émotions. Je retarde ma lecture, pour en profiter plus longtemps. Conjugué à Bilal, ce ne sont certes pas ce qu’on appelle des lectures estivales mais plutôt réglées sur les saisons du coeur et de la vie.
“La maison est plongée dans l’obscurité. Hanna ouvre la grille du jardin et prend la clé de la porte de la cuisine sous la poubelle. Derrière le jardin, les bouleaux s’agitent dans le vent, des feuilles tombent, elles s’éclairent un instant dans le clair de lune”.Â
Du site du Salon du livre de Montréal:
Avec Le Retour, un sixième ouvrage traduit en français et édité chez Actes Sud, la Néerlandaise Anna Enquist propose le saisissant portrait d’Elizabeth, épouse de l’explorateur James Cook, dans un roman historique. Publié en français en 2007, le roman suscite un intérêt soutenu et d’élogieuses critiques.
« Tout est historiquement exact dans le nouveau roman de la Néerlandaise Anna Enquist. Et pourtant l’imaginaire domine ce livre qui prend pour point de départ la vie et les voyages de
l’explorateur James Cook. […] Par le rythme de sa phrase qui ne boite jamais, son écriture âpre et sans pathos, Anna Enquist nous offre un somptueux roman, à la fois historique et intemporel. » (Lire, France, 2007)
« Anna Enquist excelle à plonger son lecteur dans les méandres des pensées, des joies, des angoisses et des peines d’une femme effacée qui doit supporter le terrible poids de l’absence et de l’incertitude. » (État-critique.com, France, 2007)
Poète et romancière connue sous le pseudonyme d’Anna Enquist, Christa Widlund-Broer est née à Amsterdam en 1945. Après des études de piano au conservatoire de musique de La Haye, elle étudie la psychologie clinique à Leyde et devient psychanalyste. Menant de front une carrière de pianiste de concert et de psychanalyste, elle abandonne la vie de musicienne professionnelle en 1987 pour se mettre à l’écriture. Elle se fera d’abord connaître par la publication de Soldatenliederen (Chants de soldats) en 1991, un premier recueil de poésie qui sera suivi de plusieurs autres.
En 1994, paraît Het meesterstuk, un premier roman qui lancera sa carrière internationale. La traduction française du livre, Le Chef-d’oeuvre, sort chez Actes Sud en 1999. Paraissent ensuite Le Secret (2001), Les Porteurs de glace (2003), La Blessure (recueil de récits, 2005) et enfin Le Saut en 2006. L’oeuvre d’Anna Enquist a reçu de nombreux prix littéraires aux Pays-Bas.
« Anna Enquist fait partie de ces auteurs pour qui la littérature n’est jamais une affaire de séduction. De sa rigueur et de son absence de complaisance naît une émotion qui, en renvoyant le lecteur à ses doutes, ses errances et ses blessures, agit sur lui de façon quasi cathartique. » (Lire, France, 2003)
Et toi, quand aurons-nous le bonheur de lire une de tes oeuvres?
D.
Oui je suis d’accord avec Daniel à quand le bonheur de te lire.
Pourquoi pas des chroniques “libres” dans un journal pour faire profiter le plus de monde possible de ta prose.
rej