des jeux …
26th fév, 2008 par stephanie.beaucaire
Dans la presse de vendredi dernier, Yves Boisvert se réjouit de l’euphorie de groupe qu’arrive à déclencher un événement comme la remontée puis la victoire du Canadien dans un match épique où il tirait de l’arrière 5-0 avant de “triompher” 6-5…..
Le sentiment d’appartenance, de cohésion qui nous habite comme si nous partagions soudain quelque chose avec ces dizaines de milliers de personnes que nous ne connaissons pas et avec qui nous n’avons peut-être rien d’autre en commun que cet intérêt pour le sport professionnel …. c’est un sentiment qui ne m’habite plus désormais, mais je l’ai déjà ressenti, je sais de quoi il s’agit. Je l’ai ressenti souvent avec le hockey, mais aussi lorsque Jacques Villeneuve a gagné les 500 miles d’Indianapolis et plus encore quand il a résisté à l’assaut de Schumacher sur le circuit de Jerez pour se sauver avec le titre de champion du monde. Probablement que ce qu’on appelle le “sport” professionnel est l’élément rassembleur le plus puissant actuellement sur la planète. Des centaines de milliers de personnes payent une fortune pour être assis ensemble au même moment et regarder le même match de football ou de soccer.
Toutefois, en ce qui me concerne, c’est plutôt la musique qui me donne encore cette émotion. Je l’ai ressentie souvent, et je la ressens encore, par exemple à un show de Galaxie 500, quand nous sommes des milliers à vibrer aux mêmes notes aux mêmes moment. Cet invraisemblable partage avec des étrangers m’est apparu encore plus clairement quand je suis allée voir un show des Rolling Stones, il y a quelques années: cette foule immense, dont je faisais partie, tout à coup brillante sous une lumière blanche pendant you can’t always get what you want, tous ces gens qui chantaient ensemble les mêmes paroles qu’ils connaissaient tous par coeur, une vague d’émotion m’a complètement bouleversée, j’en ai eu les larmes aux yeux.
J’ai très souvent repensé à cette émotion. Car même si elle fait du bien et qu’elle donne le frisson, je me demande s’il n’est pas un peu épeurant qu’une bande de jeunes adultes drogués et millionnaires suscitent un tel ralliement. N’est-il pas un peu gênant qu’un événement comme une match de football réussisse à attirer des centaines de milliers de personnes, qui par surcroît doivent payer le gros prix pour y assister?
Un jour en entrevue j’ai entendu Richard Séguin dire qu’il trouve toujours émouvant de voir une foule devant lui en spectacle, et qu’il se dit qu’il est quand même bien dommage qu’on ne parvienne pas à rassembler les gens en nombre et en enthousiasme égal pour des choses vraiment importante, car ce serait incroyable le pouvoir de cette cohésion et de cet esprit de partage qui parcourt une foule immense et transcende toutes les différences et toutes les dissensions pour un moment. Et voilà . C’est exactement ce qui est troublant.
C’est le même trouble que je ressens quand, au bureau, tout le monde suit live les échanges qui auront lieu ou pas dans la LNH ….. j’ai rarement vu mes collègues aussi passionnés. Ils ne démontraient même pas le centième d’enthousiasme, d’intérêt ou même de curiosité pour les négociations de leur propre convention collective, encore moins quand leurs collègues se faisaient mettre dehors et que nous étions 5 à manifester sur le trottoir. Mais pour discuter du prochain héros en jambières, ils sont informés, ils ont des opinions et ils en parlent fort.
Du pain et des jeux. À la seule différence qu’il faut payer maintenant pour les obtenir. C’est quand même fort. Payer pour son propre asservissement.