de l’usage du français dans les grandes entreprises
28th jan, 2008 par stephanie.beaucaire
Je n’ai jamais été nationaliste. Je considère le nationalisme comme dangereux et je ne vois pas en quoi il faudrait être fier de l’endroit où l’on est né, puisqu’on n’y est pour rien, que cet endroit soit merveilleux ou pourri. Et cette perception que nous avons de l’endroit d’où l’on vient, où l’on est né, de notre nation d’origine, n’est certainement pas la plus juste que l’on puisse avoir, puisqu’on y vit : comment avoir une idée raisonnable et raisonnée d’un objet dont on est si proche?
Le fait que je n’aie pas de drapeau du Québec cousu sur mon sac à dos n’empêche pas le sentiment d’injustice que je ressens lorsque je ne suis plus en mesure de communiquer en français avec mon employeur; lorsque l’entreprise pour laquelle je travaille, un des plus gros employeurs au Québec et au Canada, me fournit systématiquement des logiciels en anglais, même lorsqu’ils sont disponibles en français (ce qui est presque toujours le cas), m’obligeant à chaque fois à me battre pour faire respecter la loi; lorsque les formations que je reçois sont unilingues anglais, car le formateur vient de la Floride et la compagnie pour laquelle il travaille n’a jamais été avisée que TOUS les employés qu’il va former sont des francophones travaillant au Québec; lorsque les réunions se déroulent en anglais car sur une centaine d’employés, 2 sont unilingues anglais et travaillent à Toronto, alors que tous les autres sont francophones, travaillant à Montréal et bien sûr, parfaitement bilingues car nous les Québécois sommes toujours tellement d’adon; lorsque mon 3e patron en hirarchie vient nous visiter dans nos bureaux de Montréal et nous serre la main en nous parlant en anglais car il ne comprend ni oui ni non en français mais ça ne l’a pas du tout empêché d’obtenir cet emploi où la grande majorité de ses employés sont francophones et travaillent au Québec.
Les clients aussi sont sans doute humiliés quand ils appellent le service à la clientèle de l’entreprise pour laquelle je travaille et que la personne qui leur répond baraguine un français tellement approximatif qu’il vaut mieux compléter la transaction en anglais si on veut être certain d’avoir été compris.
Je me sens humiliée de n’être pas respectée par mon employeur mais cela ne m’étonne pas de l’entreprise pour laquelle je travaille. Toutefois, je me sens encore plus attristée de constater que la situation du français au travail a régressé depuis une vingtaine d’années et ce, extrêmement rapidement. J’ai des amis qui travaillent pour de grosses compagnies ici, à Montréal, et qui reçoivent des courriels de la direction uniquement en anglais. Ici, où je travaille, quand un grief est fait pour un logiciel en anglais pour lequel une version française existe, la compagnie retarde le processus au maximum, on parle de mois et d’années, attendant la plainte officielle à l’Office de la langue française avant d’agir, et si aucune plainte officielle n’est portée, la compagnie envoie tout simplement paître les employés, bien sûr. Une plainte à l’Office de la langue française est une véritable mascarade, et les employeurs le savent.
Aucune loi n’oblige les employeurs à respecter leurs employés. Et dans un sens, c’est tant mieux. Cela donne l’heure juste sur la valeur d’un employeur et le respect que ses employés devraient lui accorder en retour ….. dans mon cas, on est sous la barre du zéro.
En parlant de Bell, et pour ajouter l’injure à l’insulte, saviez-vous que:
Même si le titre de BCE continue de perdre du terrain, un traitement spécial a été accordé aux dirigeants de l’entreprise dans le dossier de la transaction conclue avec Teachers.
La Presse indique que même si la transaction ne se réalisait pas, les dirigeants de BCE auront tout de même l’occasion d’encaisser le prix initial de 42,75 par action en plus d’une prime de 25%.
Au total, 94 hauts dirigeants de Bell se partageront une somme totalisant 90 millions de dollars le 30 juin prochain, quel que soit le sort réservé à la transaction.