Le terrorisme islamiste, prétexte à la répression: les Ouigours et le Xinjiang
19th avr, 2007 par stephanie.beaucaire
Aujourd’hui sur le site de Radio-Canada: prison à vie pour un ouigour canadien.
Cette nouvelle avait pour moi un intérêt particulier. En effet, je viens d’apprendre il y a quelques semaines, à la lecture du livre de Mélanie Carrier, l’existence même des Ouigour et du Xinjiang.
Le Xinjiang est une “région autonome” de Chine tenant davantage du moyen-orient que de l’Asie, qui s’est déjà appelé d’ailleurs Turkestan oriental, appellation toujours utilisée par les indépendantistes, mais refusée par la Chine. C’est un territoire immense de 1 626 000 km carrés, situé sur la Route de la soie et qui a donc joué un rôle majeur dans le développement des échanges est-ouest. Cette situation géographique a fait du Xinjiang une région toujours convoitée et où de nombreuses ethnies se sont entrechoquées et ont cohabité. C’est à de nombreuses reprises que la Chine a tenté de s’en emparer, jusqu’à ce qu’elle y parvienne finalement en 1911. Les Ouigours se sont fréquemment soulevés contre le pouvoir chinois, parvenant même à s’en libérer à deux reprises après cette date, jusqu’à ce que la République populaire de Chine assoie définitivement son autorité en 1949, après que les dirigeants ouigours soient disparus mystérieusement.
Depuis, la Chine n’a jamais relâché son emprise, et elle a utilisé ce territoire à toutes sortes de fin. Elle y a installé de ses plus grands camps de travail, et y a perpétré un grand nombre d’essais nucléaires. Elle a par ailleurs entrepris une véritable politique d’assimilation du peuple ouigour par la force, en utilisant particulièrement l’argument du terrorisme islamiste depuis 2001 pour justifier sa répression.
Comme à bien d’autres endroits, la Chine utilise la colonisation pour exterminer, en quelque sorte, la culture ouigour. Ainsi, alors que les Hans ne formaient au siècle dernier que 10% de la population, ils représentent aujourd’hui 40%. Des politiques visant à favoriser la colonisation ont entraîné le saccage des ressources naturelles.
Encore aujourd’hui, des Ouigours refusent d’être éradiqués par la Chine et tentent de se révolter, mais la répression est toujours de plus en plus violente.
Dans la nouvelle sur radio-canada, Pékin invoque justement le terrorisme islamiste pour exiger du canada qu’il ne se mêle pas du cas de Huseyincal Celil, qui possède la double nationalité. L’argument du terrorisme est maintenant le pivot de toutes les oppression et la justification de toutes les répressions, et cela pas seulement en Chine.
Olivier Higgins et Mélanie Carrier ont traversé la région du Xinjiang à vélo. Ils en parlent longuement dans leur livre, je vous invite à lire leur témoignage ainsi qu’à visionner les images de leur film (que j’attends incessessament par la poste, j’ai hâte!). Ce qu’ils ont vu et vécu vaut certainement des milliers de fois tous les discours de propagande dont on nous saoule. Avec la perspective d’un marché quasiment illimité qui s’ouvre à eux, il se peut que nos gouvernement errent dans leurs relations avec Pékin et il serait bon que nous demeurerions aux aguets. Particulièrement au Québec, il me semble que nous devrions être sensibles aux combats des peuples qui se battent pour la survie de leur culture et même leur survie tout court bien souvent.
Je vous suggère aussi un excellent texte du monde diplomatique à ce sujet, Pékin invoque aussi l’alibi terroriste, assimilation forcée dans le Xinjiang chinois.
Autre lecture édifiante, un texte officiel sur un site du gouvernement chinois, en français (!), propagande peu subtile sur les bienfaits dispensés par l’autorité centrale au Xinjiang.
Sur le site de Human rights watch, Human rights concerns in Xinjiang
