Les martyrs du Golfe d’Aden, un reportage bouleversant de Daniel Grandclément


Certainement une des meilleures émission à la télévision, Thalassa présentait vendredi dernier un documentaire de Daniel Grandclément intitulé les martyrs du golfe d’aden.
Vous pouvez voir des extraits de ce reportage en deux vidéo sur dailymotion ici:
Le journaliste français s’est embarqué à bord d’un des rafiots opérés par des passeurs qui font traverser en 3 jours des somaliens et des éthiopiens qui veulent tenter leur chance au Yémen. Ils fuient la misère, la violence et la corruption mais ils risquent leur vie pendant la traversée où ils sont entassés de façon inhumaine, sans boire ni manger, battus et torturés à répétition par les 8 passeurs qui veulent ainsi étouffer dans l’oeuf tout risque de révolte de la part des 128 passagers. Il arrive fréquemment que les passeurs jettent à l’eau des embarqués en pleine mer, pour toutes sortes de raisons, et d’ailleurs tous sont brutalement jetés à l’eau de toute façon, à 200m de la rive et plusieurs meurent noyés car la plupart des somaliens et des éthiopiens ne savent pas nager. Les passeurs ne veulent pas s’approcher davantage car ils risquent l’exécution s’ils sont arrêtés.
Daniel Grandclément a pris un risque énorme en filmant ces images qui n’avaient jamais été montrées auparavant. Il aurait pu lui-même être jeté en mer à n’importe quel moment, il a été volé de tout son argent et victime de violence pendant la traversée, qu’il a effectuée dans les mêmes conditions que les autres passagers.
C’est une vision d’horreur que ces hommes et ces femmes qui sortent de la mer, arrivant sur le rivage avec les vagues, en pleine nuit, décharné et hagards. Quel désespoir doit habiter ces gens pour tenter cette aventure dans de telles conditions, alors que ce qui les attend à l’arrivée n’est guère plus reluisant que la vie qu’ils ont quittée … souvent ils doivent continuer à marcher du Yémen jusqu’en Arabie Saoudite, sur les routes désertiques et le soleil de plomb du Yémen.
Comment pouvons-nous accepter que des êtres humains vivent ainsi? comment pouvons-nous tolérer que des milliers de vies soient ainsi sacrifiées sans raison, que des gens vivent dans une telle détresse qu’ils n’aient d’autre choix que de risquer leur vie avec résignation pour peut-être aller s’échouer mort noyé sur une plage du Yémen?
Devant la vision du gouffre immense qui sépare nos existences nonchalantes de celles que vivent ces êtres pareils à nous que nous laissons crever, je me mets à douter que nous ne puissions jamais le combler, et je me demande à combien s’élève le nombre des vies que notre silence sacrifie …. et comment faire pour continuer de vaquer à nos médiocres occupations ….
Daniel Grandclément raconte ici le pourquoi et le comment de son reportage.
