L’abstention peut être un geste politique
Mon conjoint tente actuellement de me persuader d’aller voter lundi prochain. Je ne vote jamais. Il prétend que ma sympathie pour Amir Khadir, candidat dans mon comté, devrait m’inciter à aller cocher la case à côté de son nom.
Le problème est que je ne suis pas d’accord pour voter par défaut. Les gens croient en général que je ne prends pas le vote au sérieux puisque je ne vote pas, et c’est en fait tout le contraire. Je prends l’exercice très au sérieux, voilà pourquoi je considère qu’on ne peut pas voter juste parce qu’il le faut, ou parce qu’on nous assomme de pub à ce sujet. Le racollage actuel qui vise à « recruter » le plus grand nombre de voteurs possible me pue au nez. Depuis quand la quantité serait-elle gage de qualité????
Je ne veux pas voter pour le moins pire, me demander de qui je suis tannée et voter pour l’autre.
Et même dans ce cas-ci, alors que je pourrais voter pour Khadir que je trouve intelligent, posé, lucide, subtil et nuancé, avec lequel je suis d’accord sur plusieurs choses, je ne veux pas le faire, car je ne voudrais pas de Québec Solidaire, je ne vois donc pas pourquoi je voterais pour Khadir qui le représente. On est sensé voter pour un parti et son programme, et non pas pour un individu. Je ne veux pas « encourager » Khadir, comme s’il courait un marathon ou relevait un quelconque défi et que je lui criais des lignes de côté: let’s go, lâche pas, tu vas y arriver. C’est ridicule.
La démocratie, c’est sérieux, il ne s’agit pas d’une compétition, à la fin de laquelle un vainqueur sera désigné. Or, toute cette mascarade en a toutes les apparences. On s’attaque, on se défend, on court partout dans la province comme une poule pas de tête, on flatte des vaches, on flatte des porcs (!), on joue la comédie, on se montre, on parade. À mon avis, le poids de la responsabilité de mener une nation devrait peser si lourd sur l’élu qu’il devrait plutôt courber le dos et la tête devant la tâche qui l’attend.
Qu’est-ce que tout cela a encore à faire avec la chose politique, la gestion de la cité, de l’état? Le plus risible est que tout le monde sait qu’on lui joue la comédie! Quelqu’un croit-il encore la moindre promesse faite pendant la campagne? Quelqu’un doute-t-il encore que la seule priorité d’un chef en campagne ne soit de se faire élire, tout simplement et à n’importe quel prix? Reste-t-il une seule personne pour s’illusionner quant au bien que ces gens nous veulent? Sans la moindre trace de cynisme, j’espère que non. J’espère que tout le monde est conscient que ce qui se joue n’a rien à voir avec le bon gouvernement et les grands enjeux. La question est de savoir qui va réussir à être élu pour pouvoir ensuite récompenser tous ses amis qui l’ont aidé à se hisser au pouvoir, amis à la tête de corporations et lobby divers à qui les vraies promesses ont été faites.
Je considère que mon seul recours réside dans l’abstention, dans le refus de participer à ce cirque, c’est la seule façon pour moi d’être intègre. Mon devoir de citoyen n’est pas d’aller cocher une case dans un isoloir une fois tous les quatre ans. Mon devoir de citoyen est d’être conscient, solidaire et informé. Voter les yeux fermés, voter par défaut, voter sans savoir, sans connaître ou sans réfléchir, voter pour son intérêt personnel, voter contre un autre, voter pour son ami, voter par dépit surtout, notre spécialité au Québec, ce n’est pas là ce que j’appelle accomplir son devoir de citoyen.
Il faut cesser de s’illusionner, voter n’a jamais changé quoique ce soit mais on cherche à nous convaincre du contraire: vous avez fait votre choix, vivez avec et ne vous mêlez plus de rien pendant quatre ans. Ce n’est pas par sens du devoir mais plutôt par paresse et ignorance que la plupart des gens s’en vont voter, et tout le monde est ravi de déléguer en vrac toutes ses responsabilités à l’élu qui dans sa grande sagesse prendra les décisions qui s’imposent, même contre votre gré, même avec le baîllon, car c’est pour votre bien mais vous l’ignorez. C’est un cliché de dire que si voter changeait quelque chose ce serait interdit, mais c’est malheureusement la triste réalité. Si nous les citoyens, nous prenions davantage en main, cessions de nous assommer de divertissement pour nous impliquer dans nos communautés, dans les groupes sociaux et à travers des mouvements qui peuvent vraiment changer les choses, alors nous aurions le pouvoir et déciderions pour nous mêmes en toute connaissance de cause.

mars 27th, 2007 at 7:22
C’est un argumentaire intéressant et plus articulé que ce que je lis d’habitude pour défendre l’abstentionnisme. Mais je ne peux être d’accord.
Mieux vaux voter blanc (annuler son vote) que de ne pas se déplacer, parce qu’il n’y a pas de différence entre rester à la maison par conviction et rester à la maison par paresse.
C’est la position défendue, en ces termes ou en d’autres, par plusieurs de mes amis. Après réflexion, je suis plus radicaux qu’eux sur ce sujet.
« Le racollage actuel qui vise à “recruter” le plus grand nombre de voteurs possible me pue au nez. Depuis quand la quantité serait-elle gage de qualité???? »
Personnellement, quand j’observe l’évolution de ces dernières années, que ce soit au Québec ou dans d’autres pays, je constate que le contenu perds de son importance dans les campagnes électorales; ce qu’il y a de contenu se radicalise. Et j’accuse l’abstentionnisme. Et le vote blanc dans la foulée, parce que n’étant pas comptabilisé, il a exactement les mêmes effets sur le terrain.
Parce que de plus en plus, les stratèges des partis se rendent compte qu’il est plus profitable pour eux de mobiliser leur base radicale que de chercher le vote d’abstentionnistes désabusés.
Cercle vicieux: plus les discours se raidissent, plus il y a d’absentionnistes… et plus les discours ignorent leur insatisfaction. On aura beau faire des tas de pubs pour faire la promotion du vote, histoire d’être politiquement correct, la vérité est que les partis politiques s’accomodent parfaitement de la situation. Ils ne changeront pas leur discours pour attirer à eux des gens qui ne votent pas.
Une personne qui ne vote pas, que ce soit par principe ou par paresse, c’est une personne qu’on n’a pas besoin de convaincre.
Alors oui, en ce sens, la quantité est, non pas un gage, mais un facteur favorisant la qualité.
« On est sensé voter pour un parti et son programme, et non pas pour un individu. Je ne veux pas “encourager” Khadir, comme s’il courait un marathon ou relevait un quelconque défi et que je lui criais des lignes de côté: let’s go, lâche pas, tu vas y arriver. C’est ridicule. »
Cela, c’est faux. On vote autant pour un individu que pour un parti ou un programme. Et c’est tant mieux, parce qu’un bon programme ne garanti en rien qu’il sera bien appliqué.
Est-ce trop demander qu’un îlot de réalisme dans une mer d’utopie?
Quant au ridicule… il est dans l’oeil de celle qui regarde, et nul part ailleurs.
Ce que je trouve ridicule, moi, c’est de se cacher le jour des élections. De choisir de se laisser ignorer.
Personne n’essaiera de vous convaincre avec des idées et un bon programme qui pourrait vous séduire si vous choisissez de rester hors-jeu.
C’est la raison pour laquelle mon idée de l’intégrité est de voter pour le moins pire, quitte à le critiquer (ce qui est et reste mon droit, ne vous en déplaise) durant les quatre années suivantes.
« C’est un cliché de dire que si voter changeait quelque chose ce serait interdit, mais c’est malheureusement la triste réalité. »
La réalité est trop complexe pour se conformer au simplisme inhérent à tout cliché. Donc oui, c’est un cliché, et par définition, ça ne peut pas être la réalité.
A la rigueur, considérez que voter peut empêcher les choses de changer… pour le pire. Dans la politique il y a aussi des acteurs qu’on ne voit pas, mais qui existent. L’émergence de l’extrême-droite européenne devrait être une leçon pour nous à cet égart.
« si nous les citoyens, nous prenions davantage en main, cessions de nous assommer de divertissement pour nous impliquer dans nos communautés, dans les groupes sociaux et à travers des mouvements qui peuvent vraiment changer les choses, alors nous aurions le pouvoir et déciderions pour nous mêmes en toute connaissance de cause. »
C’est drôle de parler ainsi du pouvoir citoyen. Non que je ne sois pas d’accord avec vous. Au contraire, je souscris entièrement à cette affirmation.
Cela étant, je trouve paradoxal d’en user comme d’un argument abstentionniste. Vous croyez que le vote ne vous confère aucun pouvoir. Je crains pour ma part que nous ne réalisions l’importance du pouvoir que nous détenons que le jour où nous l’aurons perdu.
Je crois qu’un pouvoir citoyen ne se résume pas au droit de vote, mais qu’il ne pourrait s’en passer.
Et, je ne le répèterai jamais assez, un citoyen qui ne vote pas est un citoyen qu’on n’a pas besoin de convaincre.
PS: je risque fort de ne pas repasser… en cas de réponse, merci de m’en avertir par courriel.