Le grand mensonge de l’éducation, ou pourquoi les Québécois vont disparaître.
Pour toutes sortes de raisons sur lesquelles j’élaborerai une autre fois (!), je suis tombée sur un article dans le magazine Jobboom de ce mois-ci, intitulé la mauvaise éducation. Il s’agit en fait d’une entrevue avec Benoît Séguin, un enseignant qui vient de faire paraître le livre Le grand mensonge de l’éducation, co-écrit avec deux collègues.

Benoît Séguin- photo Louis Perreault.
Je vous suggère vivement cette lecture démoralisante pour ceux qui n’était pas encore au courant que l’école ne produit dorénavant que de futurs employés. Je n’ai pas encore lu le livre, mais j’ai étudié de longues années à l’université, et c’est vraiment là qu’on constate le summum du « prêt à employer ». Pas seulement avec le « régime coop », qui est ouvertement un programme de fourniture de main-d’oeuvre aux employeurs (qui en retour sont donateurs dans les campagnes de financement….), mais dans tous les programmes maintenant.
L’université ne forme plus, elle entraîne de futurs employés. Bien sûr, c’est aux HEC que cette pensée culmine, avec les salles de cours qui portent des noms d’entreprises, mais surtout avec des « profs » qui ne sont en fait que des cadres (ou pas) d’entreprises qui viennent dire aux futurs cadres comment s’insérer dans le marché du travail actuel. Pas de théorie, plutôt des études de cas. On ne sait pas lire ni écrire mais on n’a pas de temps à perdre avec ça, passons à la pratique: il faut être rentable le plus vite possible! « L’école est devenue une manufacture à diplômes, sans plus. Je résumerais sa mission ainsi : remettre au marché du travail le plus de diplômés possible, le plus vite possible. », dit Benoît Séguin et c’est exactement ça.
J’ai passé plus de dix ans sur les bancs des universités. Deux ans au Cégep, 5 ans au secondaire. La vaste majorité des étudiants que j’ai cotoyés ne pouvait comprendre un texte plus complexe qu’un article d’agence de presse, et ne pouvait pas rédiger 5 lignes sans 2o fautes; n’avait jamais lu un livre et n’avait aucune intention de le faire si possible; ne s’intéressait à aucune autre « matière » que leur domaine d’étude, n’avait aucune notion de base de géographie, d’histoire, ou de littérature. La plupart des gens que je cotoie dans la vie sont des analphabètes fonctionnels, c’est la triste réalité.
Ce n’est pas d’hier que l’éducation n’est pas valorisée au Québec. Je connais des gens qui prennent des appels dans des centres d’appels qui sont mieux payés que des professeurs qui ont plusieurs diplômes universitaires en poche. Cela tient peut-être encore au fait qu’on voit la job d’enseignant comme la job de femme qui s’occupe des enfants et qui est moins importante qu’un contracteur, un plombier, un chauffeur d’autobus, un technicien en informatique ……Les bacheliers en éducation passent un temps fou à apprendre les rouages du système d’éducation et à pratiquer des techniques pédagogiques, mais ne savent ni parler, ni écrire, comment pourraient-ils faire pour corriger des travaux quand ils savent à peine lire eux-mêmes? Je connais des gens qui sont professeurs dans des classes qualifiées « à problèmes » avec des élèves en troubles d’apprentissages alors qu’eux-mêmes n’ont aucune culture et aucun vocabulaire.
Ce n’est pas pour rien qu’on n’est pas capable de s’occuper de nos affaires, de faire des choix éclairés, de lire autre chose que les sports, de comprendre les enjeux importants, de lire entre les lignes, de faire preuve de jugement et de dicernement, de porter au pouvoir des gens compétents et intelligents, de faire la différence entre l’esbrouffe intellectuelle (genre guy a lepage ou martineau) et la vraie réflexion. C’est parce qu’on est un peuple qui ne comprend rien, et qui ne sait pas s’exprimer. Un peuple ignorant et muselé.
