concours musical international ….. ambivalence et questionnement
Depuis longtemps je jougeotte de quelques instruments desquels je ne jouerai jamais très bien, par manque de talent mais surtout par paresse et dispersion. Je ne pourrais jamais consacrer ma vie à une seule chose, fut-ce la plus belle qui soit, comme c’est le cas de la musique. J’ai su très tôt que je ne serais jamais une musicienne professionnelle, j’ai malheureusement appris trop tard que j’aurais tout de même pus de la musique faire un métier, être professeure par exemple, et vivre ainsi de quelque chose qui me passionne et que j’aime.
J’ai un grand amour du violon que je considère un instrument tout simplement extraordinaire d’expression et de complexité. J’en joue (médiocrement, ce qui n’enlève rien à mon plaisir!), ce qui me permet de le connaître un peu mieux. Je pourrais en parler pendant des heures, mais là n’est pas le propos: ces jours-ci, depuis hier et jusqu’à lundi, se tient le Concours musical international de Montréal, dont vous pouvez actuellement visionner et entendre, bien sûr, les demi-finales sur leur site. Je suis vraiment enchantée par cette diffusion sur le web, car ce n’est pas télédiffusé, et rarement a-t-on la chance de voir et entendre des heures et des heures de violon. Je dis rarement, vous comprenez que je veux dire: jamais.

llustration: Daniel Ursachi
Je pense qu’il est très intéressant que les gens puissent voir en plus d’entendre des musiciens jouer; il me semble que cela permet une approche plus facile de la musique classique et risque de susciter la curiosité à cet égard. Ainsi, l’écoute d’un caprice de Paganini n’est peut-être pas la plus évidente, mais quand on peut voir les doigts du violoniste sur le manche, la pièce revêt un tout nouvel intérêt. La possibilité aussi d’entendre la même pièce jouée par des musiciens différents pratique l’oreille et peut faire comprendre un certain nombre de choses au sujet de cette musique, comment elle peut être interprétée différemment selon le musicien par exemple.
Le seul problème que j’aie face à ce concours en est un de conscience, et tient justement à la nature de l’événement: un concours. Je ne vois pas vraiment la musique comme quelque chose qui peut être mis en comparaison, mesuré, quantifié, évalué …. À ce compte-là, les prix felix sont définitivement le summum pour moi en matière de mauvais goût.
Je comprends bien que la technique d’un tel puisse être meilleure que celle d’une telle mais il me semble qu’une sonate de Prokofiev ne peut certainement pas être réduite à une suite de notes devant être jouées sans faute ….. Par ailleurs, les participants à ces concours sont toujours assez jeunes, 18-19 ans..ici les plus vieux ont 30 ans (ils sont 2), la plupart ont autour de 20 ans ….. Je crois que c’est trop jeune pour être un bon musicien. On peut sans doute avoir une bonne technique mais je suis convaincue qu’il faut davantage, il faut du vécu et de l’expérience pour être vraiment un bon musicien. Il me semble qu’il faut s’être défait de l’arrogance et de la nonchalance qui habillent la jeunesse pour être en mesure d’être touché par la musique complexe que doivent jouer ces jeunes violonistes en concours, pour ensuite pouvoir la transmettre à un auditoire, ce qui n’est pas une mince affaire.
À chaque année, c’est immanquable, celui ou celle dont j’ai préféré le jeu ne se retrouve jamais dans les 5 premiers! Preuve que je n’y connais rien, ou que des critères autres que l’émotion et la pureté du son entrent en ligne de compte!
Je vous encourage en tout cas à visiter le site internet du concours et à visionner et écouter quelques demi-finalistes si le coeur vous en dit. Vous découvrirez sûrement des compositeurs que vous ne connaissez pas et dont les pièces vous toucheront, vous aurez tout à coup une envie de vous remettre au piano ou à l’instrument que vous avez quelque peu négligé ces dernières années, vous aurez envie de vous acheter des disques, d’apprendre le violon …. vous n’aurez définitivement pas perdu votre temps.
