Sollicitation des anciens étudiants par l’université ou “finançons la shop à employés”
9th mar, 2006 par stephanie.beaucaire
Relisant mon billet précédent, je prends conscience de mon injustice: les HEC ne sont pas l’unique établissement au Québec qui veut entretenir avec ses anciens étudiants un lien tenant davantage du consumérisme que de l’alma mater.
J’ai personnellement étudié de nombreuses années à l’université de Sherbrooke. J’y ai découvert plusieurs choses, entre autres la raison pour laquelle les universités du québec sont reconnues pour leur complaisance et leur médiocrité, deux caractéristiques de plus en plus partagées par l’ensemble de la société québécoise d’ailleurs. J’ai été passablement désillusionnée par l’aventure universitaire….sans doute avais-je entretenu trop de fantasmes irréalistes vis-à -vis de l’expérience intellectuelle que je rêvais d’y vivre….. Bien que l’enseignement prodigué ait été loin d’être à la hauteur de ce que j’anticipais, le temps passé à cette université n’a pas été dénué d’apprentissage, au contraire. Éloignée de ma ville “natale” et de mon entourage habituel, j’y ai appris beaucoup de choses sur le plan des relations sociales, des luttes de pouvoir (notamment au sein des organisations étudiantes) et sur le mépris entretenu par certaines classes d’étudiants envers d’autres.
J’ai notamment réalisé avec stupeur que les sciences humaines sont les parents plus que pauvres du campus. Ainsi, pendant mon (long) séjour universitaire, j’ai régulièrement vu des étudiants assis sur le rebord des fenêtres, ou au pupitre du prof, pour compléter leurs examens car les classes ne comptaient pas suffisamment de pupitres pour tous nous loger; pendant ce temps, un super nouveau pavillon d’administration “full fashion tout en vitres” était construit à 100 pieds de là . La plus grande partie des dons recueillis par les campagnes de financement provenant d’entreprises privées avec lesquelles l’université entretient des liens privilégiés en y envoyant ensuite des étudiants via le régime coop*, on voit un peu le genre d’indépendance d’esprit que ce système (ne) permet (pas). Comment refuser de fournir de la main-d’oeuvre à une entreprise qui donne chaque année beaucoup d’argent à l’établissement? voilà comment les universités (et d’une manière générale toutes les écoles mais ce sera une autre question) sont devenues des shop à employés, des usines à fabriquer des petits employés productifs et moulés parfaitement aux attentes des différents marchés.
Je suis donc subjuguée par le culot de cet établissement quand je reçois l’appel inévitable d’un représentant de la campagne de financement annuelle, me demandant si je veux soutenir l’université avec un don….!??!?!?!?!??!??! J’ai payé tous mes frais de scolarité rubis sur l’ongle toutes les années où j’ai étudié à cette université en dépit du fait que je ne bénéficiais pas du tout des mêmes intallations que d’autres facultés, que ce soit administration ou sciences. Et d’ailleurs je ne vois pas pourquoi les anciens étudiants devraient aider à financer les universités…?!?!?!?! On voit bien que ces gens sont complètement déconnectés de la réalité des “diplômés” comme on nous surnomme pompeusement: la plupart d’entre nous faisons tout juste assez d’argent pour payer notre loyer!
Je dis “appel inévitable” car ici encore, j’ai eu beau appeler, rappeler et écrire même, pas moyen d’endiguer le flot d’appels et de courriel dirigé chez moi par l’université, d’autant plus que nous sommes 2 “diplômés” à partager la même adresse. Nous recevons donc 2 splendides Sommets, la revue des diplomés qui fait l’éloge de la “réussite” financière, du prestige et du pouvoir; nous sommes constamment sollicités pour des campagnes de financement en tout genre. Et quand, à bout de nerfs, nous les menaçons de plainte pour harcèlement s’ils ne cessent pas de communiquer avec nous, on nous répond, insulté: “quoi, vous voulez couper tous les ponts avec votre université????” hahahahahah!!! Comme si cette université s’était soucié d’autre chose que de collecter mes frais de scolarité tout le temps que j’y ai été!!!!!
*d’ailleurs sur le site même de l’université de sherbrooke, au sujet du régime coop, on peut lire la phrase suivante, qui est éloquente: “les employeurs y retrouvent une façon efficace d’identifier les employés de demain.”