plus de négociations possibles…..
21st juin, 2005 par stephanie.beaucaire
Que ce soit dans le secteur public ou privé, il ne peut plus y avoir de négociations possibles pour les employés. Ils n’ont plus aucune force de négociation, puisque nous vivons maintenant dans un monde où travailler est un privilège octroyé par un patron bienveillant qui daigne même nous payer pour la tâche que nous effectuons. Ainsi, nous ne pouvons aucunement réclamer quoique ce soit, puisque nous pouvons être remplacés rapidement et aisément par des travailleurs d’ici ou d’ailleurs, qui travailleront au dixième de notre salaire, plus efficacement car non syndiqués.
J’ai vécu cette réalité par procuration plusieurs fois, notamment lorsque mon frère, employé de Vidéotron, a été mis en lock-out pendant de longs mois; lui et ses collègues ont été remplacés par des scabs qui faisaient le même travail à meilleur marché, sans aucun avantage sociaux, sans aucune garantie. Certains d’entre eux sont encore à l’emploi de Vidéotron et se sont surpris d’être ostracisés! À mon sens, personne ne devrait accepter d’être scab; c’est un manque navrant de solidarité sociale. Quel genre de pouvoir de négociation peut-on avoir face à un employeur que la loi autorise à avoir recours aux briseurs de grève???? la réponse est facile: aucun pouvoir.
J’ai encore vécu cette situation où un employeur menace de céder les emplois à la sous-traitance si les employés n’acceptent pas de travailler + pour moins cher à l’endroit même où je travaille, chez Bell Canada. Mon employeur n’est pas un néophyte en la matière. Il a déjà fait le coup aux techniciens et aux téléphonistes, qui forts et fortes d’un syndicat qui, contrairement au mien, n’était pas de boutique, ont fait entendre bien haut leur désaccord. Mais en vain, comme chacun sait.
Plus récemment, mon employeur a remis ça. Il a cédé toute la facturation de Bell Canada à une cie nommée Certen. Un ami à moi, qui travaillait chez bell depuis plusieurs années, s’est donc retrouvé employé d’une nouvelle compagnie, avec tous ses collègues de travail dont certaines cumulaient une vingtaine d’années de service, tout cela sans quitter son bureau bien sûr. Seul son chèque de paye et ses avantages amputés témoignaient du changement. Il ne travaillait pas moins fort, loin s’en faut. Ses conditions salariales étaient garanties pour quelque temps, ce qui a laissés le temps à bell de vendre la compagnie à Amdocs, une compagnie israélienne. Encore une fois, les conditions de travail étant garanties pour un certain temps, l’Acet (syndicat de pacotille s’il en est un) a réussi à syndiquer les employés d’Amdocs venus de bell … une grande première chez cette compagnie où personne n’est syndiqué. Or depuis quelque temps des “rumeurs” disent qu’Amdocs va fermer ses bureaux à montréal pour ne plus faire affaire qu’aux États-Unis….où les gens ne se syndicalisent pas pour un oui ou pour un non et où tout se passe en anglais.
Voilà comment une employée de 20 ans d’ancienneté de bell se retrouvera en moins de 4 ans à changer 2 fois de compagnie, sans qu’on lui demande son avis, pour finalement se faire dire que si elle veut garder son emploi elle doit se rendre aux États-Unis, ce qui bien sûr est invraisemblable.
Voilà comment Bell Canada récompense la loyauté de ses employés de longue date, alors qu’on reproche de plus en plus aux “nouveaux” employés de manquer de fidélité, d’assuidité et de motivation….on se demande pourquoi! On prend vraiment les gens pour des imbéciles!!!
Mais les employés, démobilisés, individualistes et surtout inconscients, ne réagissent pas plus quand leurs collègues de la réparation sont “cédés” à Expertel, une compagnie dirigée par des anciens de bell; ils feront aussi le même travail, s’ils acceptent de travailler pour un salaire 3 fois moindre, autour de 9$ de l’heure….. Lorsque cette “vente de feu” est annoncée, nous serons une dizaine à manifester avec des pancartes, comme une gang de clowns, alors que mes collègues se détournent, gênés, quand je leur parle de cette situation. La vente aura bel et bien lieu sans qu’on n’en entende parler dans les médias, sans que la moindre protestation se fasse entendre. Comme si TOUS nos emplois n’étaient pas menacés…
Mon employeur vient de signer une entente avec mon “syndicat”….entente qui nous sera présentée le 7 juillet… les rumeurs parlent de diminution de salaires, de disparition de congés, etc. Notre “syndicat” nous présente la chose comme si nous étions déjà ben chanceux d’avoir des emplois, nous devrions bien sûr accepter de travailler à rabais, faute de quoi nous serons “sous-traités”……..MAIS NOUS N’ÉCHAPPERONS PAS À LA SOUS-TRAITANCE, et c’est là qu’est le piège!!!!! Même si nous acceptons que nos conditions se détériorent, nous serons tout de même vendus éventuellement, après avoir fait rire de nous par surcroît.
Mon employeur n’est pas en perte de vitesse. Au contraire, en avril 2005, bce se disait satisfaite de ses résultats, et pour cause: “Bell Canada Entreprises (BCE) a inscrit des profits de 474 M$ ou 0,51$ par action au 1er trimestre. Ses revenus ont progressé de près de 5%, à 4,9 G$. Cela représente une hausse de 4 M$ par rapport au bénéfice enregistré lors des trois premiers mois de l’exercice 2004.”
Quelle peut être la justification pour sous-traiter des départements complets, céder à rabais tous les pans de l’entreprise??? La satisfaction des actionnaires est la raison le plus souvent évoquée. Ce qui n’a absolument rien à voir avec celle des clients, bien sûr, car si vous avez eu maille à partir avec mon employeur pour l’un ou l’autre des “services” qu’il offre, vous savez qu’il n’est plus question de service à la clientèle depuis longtemps chez Bell Canada. Il s’agit de vendre et de faire du $, le plus possible et le plus rapidement possible surtout. Et quoi de plus rapide, pour augmenter des revenus, que de supprimer des salaires!!!!
Bien sûr, c’est une politique à courte vue. Bien sûr, d’ici 5 ans, peut-être moins, cette compagnie centenaire sera exangüe, après avoir été dépecée et vidée de toutes ses forces vives. Elle ne comptera plus qu’une poignée de dirigeants qui s’octroient 1.5 années d’ancienneté pour chaque année travaillée pour aller chercher une plus grosse pension; tous les employés qui effectuent le vrai travail seront disséminés dans toute une ribambelle d’entreprises bidons visant à faire sauver de l’argent à Bell.
Ces employés auront vu, contre toute attente, après des années de travail pour la même entreprise, leurs salaires diminuer, leurs avantages réduits, leurs conditions détériorées. Ils seront sans doute surpris, car si je regarde autour de moi, peu de gens paraissent conscients de ce qui les attend. Je travaille personnellement avec des gens qui seraient prêts à accepter une diminution de salaire pourvu qu’ils conservent leur emploi…ces gens ne se rendent pas compte qu’ils perdront leur emploi de toute façon, après avoir tout donné, et cédé sur toute la ligne à un employeur qui se fout bien d’eux, tout autant que des clients, peut-être même plus.
Mon employeur essaie de me faire croire que je suis chanceuse d’occuper mon emploi, que je suis chanceuse de travailler pour lui, que je suis chanceuse d’être payée un salaire décent, que je suis chanceuse de n’avoir pas encore été vendue à rabais. Il me menace, de connivence avec mon “syndicat”, de donner mon emploi à quelqu’un de moins gourmand si je n’accepte pas de voir ma condition régresser.
Je suis révoltée de constater que rien ne peut être fait contre cet employeur et que les gens au pouvoir (que JE n’ai pas élus) sont leurs amis et conséquemment n’y changeront rien non plus.
Je suis découragée de constater l’aveuglement et l’individualisme des employés.
Je suis abattue de constater la résignation générale face au rouleau compresseur corporatif qui nous passe sur le corps.
Je suis ébahie de constater comment nous effaçons en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire des dizaines d’années de luttes et de combats pour se sortir de l’esclavage et du colonialisme.
Mais qui s’en soucie??
Je ne peux pas croire que tous sommes satisfaits d’en être réduits à quêter des emplois, quêter des conditions de travail décentes.
Ne croyons-nous pas valoir plus que la valeur marchande à laquelle nous réduisent nos employeurs??
Mais qui s’en soucie??
MOI ! JE M’EN SOUCIE ET JE RAPPELLE À TOUS LES JOURS À MES BOSS ET MES
COLLÈGUES (LES PLUS IMBÉCILES) QU’ILS SONT PATHÉTIQUES ET QUE LES TROUVE
MINABLES ! ÇA ME CALME POUR UN BOUT !!!! FAIS COMME MOI, ESSAIES DE T’EN
COLISSER COMME TOUS LES MORONS QUI DORMENT BIEN LA NUIT PARCE QU’ILS NE
CONNAISSENT RIEN !!
FÉLICITATIONS POUR TON TEXTE, C’EST EXCELLENT ! ON VOIT QU’ON A LE MÊME
SANG QUI COULE DANS LES VEINES MA SOEUR ! JE T’AIME !!
Un très bel article qui dépeint malheureusement très bien la réalité des travailleurs et travailleuses d’aujourd’hui…et personne n’y échappera!
Le même phénomène se répète partout dans les organisations sous l’excuse d’une certaine « rentabilité » pour l’entreprise.
Rentabilité mon cul…car éventuellement le pouvoir d’achat des gens va diminuer à un point où les commerces devront fermer leurs portes et où les revenus des gouvernements chuteront tellement que les services dont la population est habituée de recevoir devront à leur tour être coupés! Et cela est déjà commencé si on observe bien ce qui se passe dans les services publics.
Le malheur, c’est que ceux qui opèrent ces changements sont trop grassement récompensés et eux ne seront pas affectés ayant les moyens de se payer tout ce qu’ils désireront…et cela au dépend des travailleurs et travailleuses limogées ou réduits(es) à des salaires de crève faim.
Félicitations pour cet article
Une mode féminine originale
Une mode féminine originale
This post has been removed by a blog administrator.