à l’école de la vulgarité et du cheap
Mercredi soir, à cause de circonstances ne dépendant pas de mon contrôle (!), j’ai assisté à un spectacle pitoyable……le spectacle de spectateurs sans la moindre classe, sans le moindre respect, saouls et imbus d’eux-mêmes, bruyants et arrogants. Où était-ce? Au Studio du Musée Juste pour rire, alors que se déroulait la demi-finale d’un « concours » de la relève de l’humour….vraisemblablement le désolant portrait de ce que nous devrons encore nous farcir pour quelques années, car la grande gourou de l’humour québécois y était, et j’ai nommé Louise Richer.
Tout dans cet événement respirait le broche-à-foin et l’arnaque. D’abord, le prix d’entrée prohibitif, faussement annoncé à 12$, alors qu’avec les frais il en coûtait plutôt 16.50$ pour entrer voir 9 « humoristes » amateurs….très amateurs même, présenter des « numéros » de 9 minutes…..Des numéros pour la plupart d’une médiocrité sans nom…..d’une vacuité incommensurable…..d’une vulgarité et d’une facilité déconcertantes…. Sur les 9 candidats, disons que 3 méritaient la chance de monter sur une scène. Mais ces 3 candidats, plus articulés et moins vulgaires que les autres, n’allaient pas convaincre la foule de fans de Radio Énergie (partenaire du concours…) qui ne prêtait son attention qu’aux jokes de pet et de cul (pour rester polie…). Les gens appuyés au bar et assis en grands groupes au fond de la salle parlaient fort et du grabuge a même eu lieu pendant un numéro alors que le gars sur la scène tentait de comprendre ce qui se passait. Si Juste pour rire avait le moindre respect pour ces personnes qui viennent se produire, surtout dans le cadre d’un concours, il n’y aurait pas d’alcool de servi, et on inciterait les gens à se taire, mais bien sûr on ne peut pas ne pas vendre de bière, il y a un lien très clair entre la boisson et l’industrire de l’humour, de nos jours, surtout que dans la plupart des galas, s’il n’y avait pas de boisson, il y a fort à parier que ça rirait pas mal moins……
Il y a longtemps que je sais que nous sommes un public dont la complaisance n’atteindra jamais le fond, semble-t-il. Mais comme je ne fréquente plus les « humoristes » depuis longtemps, même à la télévision, j’ai peu souvent l’occasion de nous voir dans toute notre « cheapeté », toute notre kétainerie et notre superficialité. J’ai été frappée, mercredi soir passé, par la vulgarité de la foule mais aussi et peut-être surtout par celle de l’ »industrie » de l’humour, qui est devenue, avec l’École de l’humour comme outil principal, une véritable « shop à faire du cash », cherchant à mettre la patte sur les jeunes hommes (surtout) les plus aptes à se plier aux conditions requises pour devenir la nouvelle vedette de l’heure…Et ils sont nombreux, car tout le monde veut devenir une vedette et pire encore, par les temps qui courent, tout le monde PEUT devenir une vedette, et y’a vraiment pas de quoi s’en réjouir…
La prochaine « vague » d’humoristes sera comme celle qui vient de déferler et les suivantes encore, parce que contre toute attente les gens aiment payer 80$ pour se faire crier des vulgarités par la tête, pour voir un excité faire l’étalage des ses frustrations contre les bs, les indiens, les femmes, les conducteurs qui roulent la limite sur les routes….les jokes de pet et la simple mention des organes génitaux les font encore s’esclaffer, et le manque de contenu leur permet de ne pas se poser trop de questions, et de boire en écoutant distraitement.
Le fait que tous ces humoristes pré-formatés par l’école de l’humour fassent écrire leur texte par d’autres (en grande majorité), textes qui sont élaborés grâce à des focus group qui disent aux « auteurs » de quoi les gens veulent entendre parler, le fait que ces « humoristes » n’expriment donc en aucun cas ce qu’ils pensent ou même pire, le fait qu’ils ne pensent rien, le fait qu’ils soient mis en scène, ou plutôt en boîte, car on nous les vend comme les produits qu’ils sont devenus, en paquets de 2 ou de 5, à offrir à noël……le fait qu’on sorte de leurs spectacles en ne ressentant rien, sauf peut-être l’effet de la boisson, en n’ayant rien à dire sur le propos de leurs numéros, avec une vague impression de vide et de s’être fait fourrer……tout ça n’a aucune importance. Il faut se divertir à tout prix, tout doit être drôle, la radio, la télévision, l’information même doit être divertissante, tout doit faire rire…….Mais c’est pas parce qu’on rit que c’est drôle.
Appuyée sur une colonne, mercredi soir, complètement désabusée et fatiguée par le bruit, la fumée et les gens, je me suis rendue compte que nous n’irons nulle part avant longtemps. Si ça se trouve, nous reculons.
